1____Hope Is Coming Back

 1____Hope Is Coming Back
Elle marchait seule, sans but apparent.
La vie ne lui paraissait qu'une vaste plaisanterie, un théatre où les protagonistes s'entre-déchirent sous l'oeil gourmand du spectateur.
Une orgie de haine et de sang ...
Elle avait toujours détesté ça, cette humanité se jouant d'elle-même au mépris de ses propres valeurs... C'était si faux, si hypocrite.
La nuit entourait ses pensées, la protégeant du regard inquisiteur des gens.
" C'est ça le véritable anonymat, pensa-t-elle, la nuit sans couleur et sans but."
Elle ne redoutait personne, dans sa marche anonyme. Il n'était pas si tard et elle n'était pas si loin du centre-ville.
Et puis... Personne n'irait aborder une fille dans son genre, elle en était sûre.
Ce n'était pas qu'elle soit laide, ou idiote, ou autre chose comme ça...Non,elle se sentait juste trop différente, absolument pas en phase avec la société actuelle.
Elle en méprisait les codes, tout était trop commun et sans originalité.
Pour être belle ici, il fallait être grande, blonde de préférence, habillée à la dernière mode, et si possible avoir beaucoup d'argent.
Elle n'était rien de tout ça, et s'en fichait pas mal.
Pour elle, la mode était faite pour être mélangée, pour mélanger les genres, trouver ses propres arrangements,... Mais pas du tout pour être appliquée à la lettre comme un mouton bête qui suit son troupeau vers l'abattoir.
On mourra tous un jour,alors autant se donner la peine de vivre une vie différente!
Elle n'avait pas d'amis à qui partager ces conclusions, et encore moins un petit ami.
"Un jour peut-être, se disait-elle en cheminant."
Elle ne rêvait pas au prince charmant, parce que le prince charmant n'existe pas sur la planète Terre, ou alors il se cache.
On ne sait jamais, si les hystériques apprenaient où il était il se retrouverait traqué comme un de ces animaux en voie de disparition.
Genre, attention vous ne le verrez plus dans pas longtemps, alors dépéchez-vous, c'est la dernière démarque du lézard vert à crêtes rouges!
Qu'est-ce qu'ils sont étranges, ces gens, à toujours suivre une impulsion mécanique, appelée "montre", qui leur indique de se presser , que le temps a passé si vite et "A la prochaine!"
On devrait parler de "monStre" plutôt! Un avaleur de temps qui ne vous laisse le loisir de rien faire, il y a toujours un horaire à respecter, on ne peut pas flâner parce qu'il est déjà temps de partir.
D'ailleurs, elle regarde l'heure à l'horloge d'une pharmacie... Il est déjà tard, elle risque de manquer le bus de 20 heures.
Elle se dirige lentement vers l'arrêt. Pourquoi se soumettre au temps? Et puis, en fait, elle a envie de rentrer à pied.
Elle fait demi-tour et là... Ses yeux se fixent sur une forme sombre dans la nuit.
Elle se rapproche: c'est un homme, un garçon.
Il est jeune, peut-être le même âge qu'elle. Il est grand, brun et habillé de noir et de gris.
"Un enfant de la nuit, songe-t-elle, éberluée."
Elle le voit de plus près maintenant.
Il a un beau visage, à demi dissimulé par une capuche. Elle voit tout de même que le brun a de magnifiques yeux bleu-vert et des mèches dans les yeux.
Elle remarque alors qu'il la regarde, et elle en est troublée.
Elle sent que c'est un regard insolent, sans gène, il la regarde sous toutes les coutures, il la mate.
Mais c'est aussi un regard sincère, elle en est sûre.
Il doit attendre quelque chose d'elle, quelque chose qu'elle doute de pouvoir lui apporter et pourtant elle en a envie.
Pour une fois, elle se sent exister, être quelqu'un d'important, que l'on doit absolument connaître.
Elle ne se sent ni génée, ni appeurée. Elle a envie de lui sourire et de partir avec lui.
C'est un coup de foudre. Comme au cinéma, mais pourtant elle a du mal à y croire.
Il faut dire que l'amour, elle n'y croit pas vraiment.
Elle le regarde toujours, et puis soudain il passe.
Chacun continue son chemin sans se retourner, se parler et plus si affinités.
Elle meurt d'envie de courir le chercher, mais elle ne le fait pas parce qu'elle a peur qu'il ne redevienne ordinaire sitôt qu'il aura ouvert la bouche.
La mort dans l'âme, elle part rejoindre sa famille, et la solitude de sa chambre...

Photo: Alex Evans

Deux annuaires de fictions où je suis.... Vous pouvez toujours aller voir, votez et lire...
http://annuaire-ficti0n.skyrock.com/
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# Posté le mardi 13 mai 2008 17:55

Modifié le jeudi 27 novembre 2008 11:23

2____Area Without Time

Comme d'habitude, elle est arrivée la dernière chez elle et s'est faite disputer.
"Ce n'est pas de ma faute, réplique-t-elle. C'est le Temps qui passe trop vite!"
Bien sûr personne ne la croit, ici le Temps est roi: les horaires sont fixés longtemps à l'avance et le moindre écart est considéré comme un sacrilège.
Le repas s'est déroulé dans une atmosphère électrique, l'air lui semblait empli de politesse hypocrite.
"Le calme avant la tempête, pensa-t-elle. Le pire reste toujours à venir..."
Comme tous les soirs, la conversation s'était tournée vers les emplois du temps du lendemain, leur hiérarchisation et leur organisation.
On se crèpe le chignon pour arriver à un rendu acceptable aux yeux du maître Temps. Il faut à tout prix défendre l'utilité de telle ou telle activité par rapport à l'autre.
Pas de Temps pour le rêve... C'est bon pour les feignants!
Elle s'est réfugiée dans sa chambre pour échapper aux remontrances et aux menaces.
Elle entend consacrer son temps à ce dont elle a envie, et pas suivre leurs projets dénués du moindre intérêt pour elle.
Pourquoi n'aurait-elle pas le droit d'avoir son propre emploi du temps, qui n'appartiendrait qu'à elle?
Ils peuvent toujours courrir, eux, après un bonheur éphémère, si peu réel pour elle.
Pourquoi restent-ils ensemble puisqu'ils ne s'aiment pas, ne s'aiment plus? Elle n'y comprend rien à leur logique, et pourtant elle a fait de gros efforts pour leur demander une explication.
Ils n'ont rien pu lui dire, ils parlent de "vieille affection" qui les maintient ensemble.
Si l'amour c'est regarder l'un et l'autre dans la même direction, et bien ça fait longtemps que ces deux-là ne s'aiment plus.
Elle s'allonge sur son lit, de la musique dans les oreilles pour ne pas les entendre se lançer l'un à l'autre la faute de la "mauvaise éducation de leur fille".
Cette méthode marche bien, elle ne les entend plus, elle se laisse bercer par le son d'une guitare électrique. Génération du rock, génération révolution...
Ses pensées dansent dans sa tête, au son de la voix rauque du chanteur. Elles se faufilent et se défilent, rythme du souvenir d'une journée ordinaire.
"Pas si ordinaire que ça, se souvient-elle alors. Il m'a vue, lui..."
Le son d'une batterie déchire l'atmosphère, à moins que ce ne soit son propre coeur qui ne batte la chamade, elle ne sait pas et ne cherche pas à savoir.
Elle est perdue dans son souvenir, si beau, si présent.
Elle sait déjà qu'elle ne l'oubliera pas, le beau brun, son image restera gravée dans son coeur.
On n'oublie pas un coup de foudre, même éphémère, même sans avenir.
Les yeux bleu-vert qui l'ont regardée, elle en est sûre, lui disaient qu'elle était belle, à son goût.
Jamais auparavant elle n'avait eu une telle impression.
Bien sûr, elle se méfie, de nombreux garçons ayant attiré son regard se sont trouvés être immondes, méchants, ou pas très fûtés.
Mais malgré tout, elle est sûre qu'il en serait autrement.
Elle ne doute pas une seconde qu'elle ne reverra plus l'inconnu.
Des trucs comme ça, ça n'arrive qu'au cinéma, ou dans les livres...
Non, elle veut garder pour elle l'apparition de la nuit, un souvenir précieux d'une autre vie qu'elle auriat pu avoir...
Si elle était moins timide, moins cruche, moins coincée avec les garçons!
Si seulement elle était sûre de ses charmes comme n'importe quelle blonde!
"La mode n'est pas aux filles petites, châtain-brun et orginales, pense-t-elle amèrement. Et elle n'a aucune raison de le devenir... Les hommes ont toujours aimé les blondes, ça les fait rêver!"
Mais pas lui visiblement! Lui, il a l'air d'aimer les filles atypiques, avec un brin de caractère et légèrement ingérables.
Des filles comme elle... Leurs caractères pourraient sûrement s'accorder!
Mais elle divague encore, puiqu'ils ne se reverront jamais! Ils n'auront pas la chance de tester leurs affinités, et elle devra se contenter d'un souvenir impérissable.
Quoique... Peut-être l'oubliera-t-elle, avec le temps...
Mais comme le Temps n'est pas son allié ses derniers temps, elle préfère l'idée du souvenir impérissable et ne se sent pas d'humeur à supporter l'oubli d'un évènement si important dans sa vie solitaire.
Elle éteint la lumière, s'endort au son déchiré d'un morceau qui parle d'amour perdu et avec dans la tête l'image de son apparition...
Elle sourit dans son sommeil.

Vidéo: The Kooks______You don't love me

# Posté le lundi 19 mai 2008 11:02

Modifié le mercredi 03 septembre 2008 12:26

3______ Time To Do Nothing

3______ Time To Do Nothing
Le son strident d'un réveil la tire de son sommeil.
Il est l'heure! Déjà!
Il lui semblait qu'elle venait de s'endormir.
La mort dans l'âme, elle ouvre les yeux et regarde son réveil: 7h05.
Les cours commencent à 8h00, elle a encore le temps.
Elle s'enfouit sous la couette et tente de se souvenir du rêve qu'elle venait de faire.
Elle n'y parvient pas, seule l'image déconcertante du garçon brun traverse son esprit embrumé.
"Est-ce que lui aussi, il se souvient de moi?"
Cette idée la réveille, et elle se lève, guillerette.
Elle a envie d'être belle aujourd'hui, que le monde entier la voit comme le garçon de l'autre soir.
Elle a du mal à trouver quoi mettre, rien ne lui va assez bien à son goût, mais elle finit par se décider et regarde à nouveau son réveil: 7h20.
Vite, il faut qu'elle se presse si elle ne veut pas louper le bus de 7h35.
Elle rassemble à la va-vite ses manuels éparpillés dans sa chambre, les fourre dans son sac de cours et sort de sa chambre en claquant la porte.
Elle n'a pas le temps de descendre précautionneusement les escaliers alors forcément, lorsqu'elle arrive dans la cuisine, ses parents l'accueillent d'un même regard résigné.
Ils ont encore les marques de la dispute d'hier soir: la mère à les yeux rougis par les larmes, et son père est assis dans son coin, se coupant du monde par un journal-paravent.
Elle sait que personne n'a le droit de le déranger lorqu'il se cache derrière son journal.
C'est sa tactique à lui pour fuire ce qu'il ne peut pas, ou ne veut pas, assumer.
A l'horloge de la cuisine, il est 7h25.
Zut! Elle a perdu 5 minutes à contempler le désastre!
Elle se fait rapidement deux tartines au chocolat, elle est passée maître dans cet art difficilen et prend une banane: elle mangera en route.
Elle est prête à partir maintenant, elle prend son blouson et sort en lançant un "Au revoir!" sans attendre de réponse.
Car il n'y en aura pas.
Elle devine que quelques minutes après son départ, les disputes reprendront jusqu'à ce qu'ils aillent travailler, tous les deux.
"Ils croient que je ne vois et n'entend rien, soupire-t-elle en elle-même."
Elle n'a pas l'occasion d'y réfléchir plus longtemps, elle voit le bus arriver là-bas, à quelques mètres devant elle.
7h32, il est en avance de 3 minutes le salaud.
C'est malin, elle doit courrir maintenant. Courrir avec ses tartines et sa banane dans les mains, et son sac qui pèse une tonne sur le dos...
Elle se vengera un jour, il verra, quand elle sera grande...
Elle réussit à l'attraper, et s'installe sur la première banquette libre, épuisée.
Elle a le temps jusqu'à son arrêt, le temps de manger son petit-déjeuner et de rêver un peu.
Personne ne viendra l'embêter ici.
Si seulement lui aussi était là...
Elle imagine, tout en mangeant ses tartines.
Ils auraient rit devant la tête des gens: quand ils ne sont pas réveillés, ils ont des visages intéressants.
Elle les regarde: lui, il est bougon vu sa tête de bouledogue, vaut mieux mieux le laisser tranquille.
"Oh! Elle, elle a du passer une bonne nuit tellemnt elle est souriante. Je me demande avec qui..."
Peut-être le blond à sa droite? Bingo! Ils s'embrassent...
Elle se trompe rarement à ce petit jeu, ça l'amuse tellement d'habitude.
Mais aujourd'hui, il en est autrement?
Elle sent le poids d'une absence, qu'elle n'avait pourtant jamais sentie avant. Le poids de son absence à lui...
Elle a du mal à sourire, à s'intéresser à tout, tant son attention est tendue vers son souvenir.
C'est tellement étrange ce sentiment, tellement intense, et elle sent qu'il faudra le faire disparaître. On en peut pas vivre sa vie avec un fantôme, un fantasme...
C'est son arrêt.
Elle descend devant l'imposante façade de son lycée. Elle se débarasse des miettes de pain accrochées à son manteau, et entre , journée de cours parmi tant d'autres...

Photo: CéLiA

# Posté le vendredi 23 mai 2008 11:20

Modifié le mercredi 03 septembre 2008 12:32

4______ On Her Mind

Les heures passent...
Le soleil se couche lorsqu'elle sort enfin du lycée.
C'était une journée difficile.
Le prof de maths, avec ses cheveux en pétard et sa mauvaise haleine, avait décidé de leur faire une interro-surprise.
Bien sûr, elle n'a pas eu le temps de tout finir avant la fin du Temps imparti et il lui a arraché sa feuille des mains cet idiot.
Elle hait les maths, et encore plus ce prof de maths.
Elle déteste le Temps qui avance trop lentement ou trop vite au moment où il ne faut pas. Il gouverne le monde à sa guise, et écrase tous les pauvres gens qui n'ont pas envie de se soumettre à lui.
Elle a eu des tas de cours, pendant cete journée, peu ont attiré son attention. Le français, c'est chouette, mais pourquoi décortiquer les livres, les pauvres! Elle aime beaucoup l'histoire, c'est passionnant, mais elle regrette qu'il y ait autant de dates à apprendre. Ls expériences en chimie ou en svt, c'est toujours sympa, par contre les cours théoriques sont moins bien...
Et c'est comme ça pour tout.
Elle trouve des avantages et des inconvénients à tous les sujets, sans exception.
Rien n'est pas parfait, rien n'est idéal.
Même les maths ont de bons côtés, une fois qu'on enlève le professeur.
Elle s'intéresse à tout, elle s'intéresse à la vie...
L'Homme a posé sa marque sur cette Terre; et ses composantes, quelles qu'elles soient, la fascinent.
Quelqu'un la bouscule et elle sort du méandre de ses pensées.
"Les gens..., gromelle-t-elle, mécontente. Toujours aussi peu attentifsà leurs semblables."
Elle pense à ces pseudo-amitiés qui se font et se défont.
Amies pour un jour, amies pour toujours... Mon oeil!
Natacha et Linda étaient les meilleures amies du monde l'année dernière et cette année, comme elles ne sont plus dans la même classe, ni avec les mêmes bandes, elles se détestent.
Elle est belle l'Amitié, cette hypocrite!
Elle ne croit plus en grand chose, mais il n'y a pas si longtemps elle croyait au moins en ça!
Cette fille à quelques pas d'elle, elle avait cru en elle, ellle avait partagé avec elle ses doutes et ses envies.
Elles avaient eu de gros délires ensemble.Elle s'était dit qu'elle avait enfin trouvée une amie.
Mais tout s'était défait lorsque l'autre avait trouvé plus drôle, plus intéressante qu'elle.
Du jour au lendemain, elle s'était retrouvée à nouveau seule, elle en avait pleuré.
Eh oui! Les chagrins d'amitié, ça existe aussi!
Elle ne s'est pas encore vraiment remise de cette blessure supplémentaire dans son coeur écorché vif.
Cependant, elle sent que mainteant tout cela peut guérir. Elle ressent comme un baume apaisant, le regard du garçon aux yeux bleu-vert...
Sa tristesse s'envole d'un coup et elle décide de rentrer à pied.
Elle n'a pas envie de monter dans le bus avec la masse insignifiante, elle a envie de faire son chemin seule, libre comme un papillon sorti de sa chrysalide où il est resté si longtemps enfermé.
Elle a envie de regarder le soleil se coucher sur les bâtiments gris, et que tombe sur elle la nuit sans lueur et sans surprise.
Elle a l'envie soudaine de se trouver das la campagne, loin de tout, dans un champ de lavande.
Où elle regarderati le soeil se coucher exactement comme aujourd'hui, mais en plus beau.
Où de la nuit se léverait un tourbillon de sensualité: senteur de lavande endormie, hululement de hibous, herbe mouillée, cris de grillons,... Et puis, sa main, sur son épaule, parce qu'il serait avec elle, qu'il partagerait avec elle la douceur de la nuit.
Ce serait en été alors, il ferait bon et le vent serait doux.
Elle rêve à la "Dolce Vita" dont parlent tous les amoureux d'Italie, sauf que ce n'est pas seulement de l'Italie qu'elle est amoureuse, c'est du Sud tout entier.
Mais dans sa ville grise, où tout est morne et maussade, sa vision n'aura pas lieu de se réaliser.
Elle devra partir ailleurs pour se construire, loin de chez elle, loin de ces cons, loin du Temps et de l'Amitié hypocrite.
Elle sait qu'elle y arrivera, elle n'en doute pas, mais elle espère que ce ne sera pas seule...

Vidéo: Elton John_______ Can you feel the love tonight

# Posté le jeudi 29 mai 2008 13:25

Modifié le mercredi 03 septembre 2008 12:49

5______ Life Like A Theatre

5______ Life Like A Theatre
Elle marche, perdue dans ses pensées.
Elle marche, peut-être une façon pour elle d'avoir le sentiment d'exister.
C'est un acte tellement humain que celui de marcher! L'une des premières choses qu'on apprend petit, avant même la politesse et les bonnes manières.
Parce que, tout compte fait, marcher est un apprentissage diffcile, douloureux même; et les animaux eux ne marchent pas comme nous sur leurs pattes de derrière à longueur de journée.
"On réfléchit mieux en marchant, se dit-elle."
Une telle pensée ne lui paraît pas appropriée par rapport aux précédentes, mais elle n'a pas le temps de chercher des liens entre les deux: quelqu'un l'appelle.
Elle se retourne, c'est cette Eva qui lui fait de grands signes.
Elle sourit, une illuminée cette Eva! Toujours à lui parler de ce groupe qu'elle adore au point de se ruiner pour eux.
Eva parle, lui raconte le show télévisé de la veille. Eva s'excite au moment de lui expliquer l'énorme blague réalisée aux membres de son groupe fétiche.
C'était tellement énorme qu'elle explose de rire!
Eva rit avec elle, cette idiote, elle ne comprend pas que c'est son air quasi extatique qui la fait rire!
Elle n'en a rien à faire de ce groupe, tout ce qui l'intéresse c'est la musique qu'il produit, ses sons.
Avec elle, ça passe ou ça casse; elle aime ou n'aime pas, et de manière définitive.
Eva est contente de son coup, lui demande si elle a quelque chose à raconter.
Elle hésite, puis lui raconte sa rencontre de la nuit.
Eva ne la croit pas, lui tapote l'épaule, ça devait être un rêve quel dommage!
Eva lui dit qu'elle doit partir, elle est désolée mais on l'attend.
Elle la regarde partir, lui fait encore quelques signes au loin, puis reprend sa marche.
Elle n'est plus très loin de chez elle, elle voit même sa maison là, au creux de ce quartier.
Dans sa ville, les rues montent et descendent, comme dans un manège, le manège de la vie, avec ses hauts et ses bas.
Elle l'aime bien cette ville, elle la trouve à la fois moderne et ancienne, mélange qui lui va à perfection. Elle adore admirer les belles maisons à colombage du centre-ville, l'hôtel de ville à l'architecture renaissance, et les mutiples églises gothiques et baroques. Sa ville est une ville d'art.
Mais c'est aussi une ville d'action, au coeur de mouvements précurseurs, d'espaces d'expression, qui la rendent unique à ses yeux.
Elle est heureuse de vivre là, plus encore maintenantn parce qu'il EST dans cette ville aimée.
En est-il habitant? Ou simplement de passage?
Elle penche pour la première solution, craint la seconde. Elle aimerait tellement le revoir, ne serait-ce qu'une fois.
Et cette fois-là, elle est bien décidée à aller lui parler!
Qu'importe s'il la déçoit, elle n'a rien à perdre et tout à gagner.
"Qui ne tente rien n'a rien, pense-t-elle ironiquement."
Il faut toujours tout tenter dans ce monde, prendre des risques au risque de se perdre, pour pouvoir avoir la vie dont on rêve.
Et encore n'est-elle pas parfaite cette vie!
On a toujours quelque chose de plus à mettre en place pour se sentir mieux.
On avance, on déconstruit pour mieux construire, pour avoir quelque chose de plus adapté à soi-même.
"Et ça continue toute la vie, observe-t-elle."
Si la ville est en manège, la vie est un théatre où tous les coups et les dénouements inattendus sont permis.
Le malheur arrive de là où l'on ne l'attendait pas, on trime pour le faire fuir et toujours il revient.
Le bonheur lui au contraire fait de brèves apparitions, toujours intenes et fugasses, puis disparait comme il est apparu.
Qu'ils doivent s'amuser les créateurs de cette comédie tragique, ou de cette tragédie comique.
Les deux termes s'inversent, s'entremèlent et s'emmèlent.
Un noble art, celui de vivre, rendu supérieur et maintes fois magnifié par l'ensemble des disciplines artistiques.
Avec chaque fois le même message: "Prenons le temps de vivre".
Elle a pris le parti de vivre.

Photo: Dounia Coesen

# Posté le jeudi 05 juin 2008 11:03

Modifié le mercredi 03 septembre 2008 12:57